CAP 22 : non au démantèlement du secteur artistique et culturel !

Publié le 21 novembre 2017 | , , ,

PROFEDIM a réagi le 16 novembre dernier au projet de réformes envisagées par le Ministère de la Culture, révélé par une fuite de document interne (document depuis accessible sur le site du Syndeac) :

« La parution de deux articles signés de Clarisse Fabre dans le journal Le Monde des
vendredi 10 et mardi 14 novembre derniers ont provoqué une déflagration. Ils révèlent,
document à l’appui, les pistes de travail envisagées par le ministère de la Culture pour
répondre au programme de réforme Action Publique 2022, lancé par le Premier ministre
Edouard Philippe un mois plus tôt.
Pour PROFEDIM (Syndicat professionnel des Producteurs, Festivals, Ensembles et
Diffuseurs Indépendants de Musique), ces propositions sont alarmantes et illustrent une
réelle méconnaissance du fonctionnement de la création.

Le modèle d’action publique que ce document propose est en effet de nature à remettre
définitivement en cause :
– la logique de responsabilité culturelle partagée entre l’Etat et les collectivités
territoriales, pourtant garantie par la loi NOTRe, si un guichet unique venait mettre à mal
le multi-partenariat indispensable aux projets artistiques et culturels ;
– le maintien et le développement d’un tissu créatif, divers et innovant, favorisé jusqu’ici
par une politique publique de la culture concertée, qui permet d’accompagner
l’émergence de nouvelles générations de créateurs, garantit l’équité territoriale, la
diversité artistique et constitue le coeur même de l’exception culturelle défendue jusqu’à
maintenant par la France ;
– l’attractivité du secteur auprès de jeunes professionnels, qui acceptent à ce jour une
charge de travail extrêmement lourde et des conditions d’exercice de leur métier où la
précarité est la norme et la rémunération en moyenne 30% inférieure à n’importe quelle
autre branche professionnelle ;
– le désir des équipes artistiques, des lieux et des festivals, de continuer à alimenter,
malgré un contexte très difficile et concurrentiel, une offre exigeante, dynamique et
inventive de créations artistiques et de dispositifs de transmission et d’accompagnement
de celles-ci, remplissant la mission essentielle d’accès pour tous à la culture. Nul besoin
de rappeler que cette vitalité bénéficie en retour à la France, sur le plan symbolique,
politique et économique, faisant d’elle une nation incontournable et reconnue pour la
qualité et le rayonnement de son offre artistique ;
– l’attrait que le public porte à la culture dans toute sa diversité, nourri par le goût et le
plaisir qu’il ressent lorsque la rencontre avec une oeuvre, qu’elle soit purement fortuite
ou préméditée, provoque la surprise, voire le trouble, et bouleverse en retour son regard,
son écoute et son ressenti.

Autrement dit, les pistes de travail évoquées par ce document, loin d’être garantes de
l’objectif affiché de recherches d’économies, sont porteuses de la disparition progressive
mais certaine d’une ambitieuse politique culturelle qui considère les arts et la culture
comme une richesse indispensable pour l’individu et la société et non comme un coût
qu’il faudrait de toute urgence diminuer.

Une question s’impose : d’où émane et que signifie cette vision froide et mécanique du
secteur culturel, qui fait fi d’une histoire, de nombreux ajustements et d’une
interrogation permanente de ce que doit être l’action publique en faveur de la culture ?

Le relais de ce document par la presse, que nous considérons comme un bon indicateur
de la solidité de notre démocratie, questionne en retour le regard que porte Madame la
Ministre sur la notion de liberté et d’indépendance de la presse lorsqu’elle envisage de
porter plainte contre X, ce qui mettrait à mal le principe de protection des sources.

Madame la Ministre, vous qui portez haut et fort les idéaux de la création artistique et de
l’éducation comme valeurs émancipatrices, si vous ne souhaitez pas devenir la ministre
du démantèlement et du désenchantement en asphyxiant le secteur de la culture dans
son ensemble, opposez-vous à l’émergence au sein de votre propre administration de
cette étrange philosophie qui consiste à ce qu’il y ait, d’ici 2022, moins d’artistes et au
final moins d’œuvres à découvrir et partager. »

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